Port-Royal.

De flamme et de cendre.

La Pascaline ne partira pas (tout de suite). Revue de presse sur une bataille patrimoniale

Article mis à jour le 21 novembre 2025.

Le 19 novembre 2025, la maison Christie’s devait mettre en vente à Paris une Pascaline, l’une des rares machines à calculer conçues par Blaise Pascal au XVIIᵉ siècle, dans le cadre de la vente « De la collection Léon Parcé », chez Christie’s.
La vente a finalement été suspendue à la suite d’une décision du tribunal administratif de Paris, qui a provisoirement bloqué le certificat d’exportation délivré par le ministère de la Culture.

Cette revue de presse propose un parcours dans les principaux articles, tribunes et analyses consacrés à cette affaire, en mettant l’accent sur les enjeux patrimoniaux, scientifiques… et pascaliens.


1. De quoi parle-t-on ? La Pascaline, entre Rouen et le marché de l’art

La Pascaline est la machine arithmétique inventée par Blaise Pascal à partir de 1642 pour aider son père, alors chargé de remettre de l’ordre dans les finances de la généralité de Rouen. Pascal en a fabriqué une vingtaine d’exemplaires, dont huit ou neuf sont aujourd’hui conservés, principalement au Musée des Arts et Métiers (Paris) et au muséum Henri-Lecoq (Clermont-Ferrand). On lira en ligne un article de Jacques Payen (1963) consacré aux exemplaires conservés de la pascaline.

On retrouvera deux présentations en vidéo de la pascaline sur la chaîne des Minutes de Port-Royal, dans « Les Pascal à Rouen » et « Les Pascal à Clermont »

L’exemplaire proposé par Christie’s – « La Pascaline, ou machine arithmétique » – est une machine d’arpentage, en bois noirci, destinée au calcul de distances (pieds, pouces, brasses…). Il s’agit du seul exemplaire encore en mains privées, estimé entre 2 et 3 millions d’euros, ce qui en fait un « trophée » très convoité sur le marché de l’art scientifique.(The Times)


2. Quelques repères chronologiques
  • 11 septembre 2025 – Les premières dépêches annoncent la mise en vente d’un rare exemplaire de la machine à calculer de Pascal, estimé entre 2 et 3 M€, dans la vente de la bibliothèque Léon Parcé chez Christie’s Paris.(Yahoo Actualités)
  • 1ᵉʳ novembre 2025 – Un collectif de scientifiques publie dans Le Monde une tribune intitulée
    « Blaise Pascal et sa pascaline doivent demeurer au cœur des collections publiques », appelant l’État à revenir sur l’autorisation de sortie du territoire (Le Monde.fr)
  • 1ᵉʳ novembre 2025 – Premiers articles de presse sur les « inquiétudes autour de la vente d’une machine de Pascal », qui insistent sur la Pascaline comme « fleuron du patrimoine intellectuel et technique ». Voir notamment TF1 Info :
    « “Fleuron du patrimoine intellectuel et technique” : inquiétudes autour de la vente d’une machine de Pascal ».
  • 18 novembre 2025 – Le tribunal administratif de Paris, saisi en référé par des associations et des particuliers, suspend provisoirement le certificat d’exportation délivré par le ministère de la Culture. La décision est consultable sur le site du tribunal administratif de Paris.
  • 19 novembre 2025 – Christie’s retire la Pascaline de la vente « De la collection Léon Parcé », dans l’attente d’une décision au fond, à la suite de l’ordonnance du tribunal.(euronews)

3. Une mobilisation savante et patrimoniale

La tribune publiée dans Le Monde par un collectif de scientifiques (dont des membres des cinq Académies et le prix Nobel de physique Giorgio Parisi) constitue le point de départ symbolique de la mobilisation. Le texte insiste sur la Pascaline comme « cathédrale de l’intelligence » et sur la nécessité de la voir rejoindre une collection publique française (Le Monde.fr).

Des articles de presse et billets de blog reprennent cet argumentaire en soulignant que :

  • la Pascaline marque les origines du calcul mécanique et, par extension, de l’informatique moderne ;
  • l’appareil a été conçu dans le contexte très concret de la réforme fiscale en Normandie, ce qui en fait un objet emblématique de l’histoire administrative et financière française ;
  • même si plusieurs Pascalines sont déjà conservées dans des musées français, chaque exemplaire possède un intérêt scientifique propre (état de conservation, spécificités techniques, histoire de la collection) (The Guardian).

Dans le même temps, des associations comme Sites & Monuments relayent l’article de Didier Rykner dans La Tribune de l’Art sur la suspension du certificat d’exportation, analysant les enjeux juridiques et les responsabilités de l’État.


4. Revue de presse commentée
4.1. Presse française généraliste

4.2. Presse internationale

4.3. Patrimoine, droit et milieux associatifs

Cette affaire de vente avortée rappelle que la Pascaline n’est pas seulement un objet spectaculaire pour collectionneur fortuné : c’est un symbole de l’alliance entre mathématiques, technique, administration et réflexion morale qui accompagne toute l’œuvre de Pascal.

Qu’une machine inventée pour mieux compter l’impôt en Normandie, au milieu du XVIIᵉ siècle, devienne en 2025 l’enjeu d’un bras de fer entre marché de l’art, État, scientifiques et associations patrimoniales, n’est pas sans ironie… profondément pascalienne.